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Difficulté de recrutement, fidélisation des jeunes : Les territoires investissent la formation

Dernière mise à jour : 7 sept.


On le sait, les entreprises éprouvent de plus en plus de difficultés à recruter. Si le phénomène est présent partout, il est encore plus prégnant dans les territoires où l'on ne forme traditionnellement pas ou peu, en ruralité notamment.


Outre l'attractivité des métiers et des l'employeurs eux-mêmes, qui est souvent à améliorer, c'est aussi l'offre locale de formation qui devient l'arme indispensable. Il faut créer des compétences sur place. Or, les formations sont concentrés dans les villes qui profitent donc de l'arrivée de jeunes. Ces villes font tout pour conserver cette jeunesse au profit de leurs entreprises.

Difficulté supplémentaire, les formations aux métiers tendus, notamment manuels, sont souvent dévalorisées, attirent peu et sont rarement présentes dans les territoires ruraux.



l'ENSSOP école d'informatique de la seconde chance en Loir Lucé Bercé.


Il devient indispensable de penser formation sur le territoire lui-même si l'on veut conserver ses entreprises, et donner des perspectives de vivre et travailler ici.


Les territoires commencent à s'investir


Beaucoup de territoires ont donc vu leurs jeunes partir pour étudier et ne jamais revenir. Les métropoles ont ainsi saigné à blanc les territoires ruraux et les villes moyennes. Mais la tendance tend à s'inverser. Les territoires attirent de nouveau, cependant ils forment encore bien peu.


À la faveur d'une nouvelle approche du développement économique, plus agile, plus ambitieuse aussi, de plus en plus de territoires s'appuient sur leurs entreprises pour créer localement les formations qui correspondent aux besoins exprimés. Des formations qui recrutent souvent localement et qui facilitent grandement ensuite le recrutement des entreprises qui, en contre partie, et c'est nouveau, s'investissent directement dans ces projets.


L'existence des tiers-lieux favorise cette nouvelle vision, rendant possibles des projets collectifs jusqu'alors peu portés parce que difficiles à faire émerger. L'appétit des entrepreneurs pour les réseaux et clubs d'entreprises, véritables creusets de projets collectifs, est également un phénomène qui porte ces nouvelles ambitions locales.


Quelques réseaux d'écoles pour en saisir la dynamique :


Je liste ici plusieurs exemples d'écoles, aux formats et objectifs très variés qui vous donneront une vision large des possibles en la matière.



- Ecoles de la seconde chance


Ces 139 écoles, présentes partout en France, ciblent les jeunes de 16 à 25 ans et assurent des formations avec une pédagogie adaptée notamment aux publics décrocheurs.

Informations plus complète ici




- Les Ecoles de Production


Là aussi destinées à un jeune public auquel l'enseignement classique ne convient pas, les 41 écoles de production forment des jeunes de 15 à 18 ans en privilégiant le faire. Ce sont des entreprises souvent locales, qui, par leurs commandes de sous-traitance, assurent la "matière" de l'enseignement mais aussi une partie du budget de ces écoles privées à but non lucratif qui sont portées par des entrepreneurs, souvent associés à une collectivité territoriale. À noter que de plus en plus de Régions, à l'image des Pays de la Loire, co-financent ces écoles en plein développement.


L'école d'Usinage du Cotentin (Manche) est un exemple intéressant, le projet porté par la Communauté de Communes des Avaloirs en nord Mayenne et les chefs d'entreprises locaux également.

Ici le site de la Fédération des Ecoles de Production.


- Les Grandes Ecoles du Numérique

Ce réseau est en fait le résultat d'un Appel à Manifestation d'Intérêt lancé par l'état voilà quelques années. Un objectif : créer des écoles de la seconde chance aux métiers du développement informatique destiné à tous publics en reconversion, quelque soit l'âge du candidat.

Outre les grands acteurs du secteur, des initiatives portées par les entreprises du territoire elles-mêmes ont émergés,


notamment en Loir Lucé Bercé (Sarthe) avec l'ENSSOP portée par des chefs d'entreprises du numérique et qui s'est installé dans un grand tiers-lieu créé par la Communauté de Communes. J'ai accompagné ces projets qui ont permis de donner au futur lieu, LoirCowork, une dimension plus ambitieuse et une attractivité plus grande, à l'école, un écrin renforcé par la présence, sur place, d'un fablab associatif actif.

Les territoires seraient bien inspirés d'éviter les écoles "mercenaires" qui ne vivent que par les fonds publics et disparaissent dès leur tarissement. Mobiliser les entrepreneurs et acteurs locaux est plus long mais tellement plus efficace et durable.

Ici le site Internet du réseau des Grandes Ecoles du Numérique porté par l'Etat.



- Les Plombiers du numérique

Ce réseau est un exemple intéressant d'écoles dédiés aux réseaux télécom et qui s'appuie, comme les Ecole de Production, sur de nombreuses Fondations privées qui financent tantôt les investissements, tantôt certains plus destinés aux élèves.

Ici le site du réseau des Plombiers du Numérique



- Les formations financées par les Régions


Ces formations sont réalisées par des organismes de formation qui ont souvent de la difficulté à trouver des salles en local et s'installent donc plus loin. Ou dans des locaux inappropriés qui pénalisent autant les stagiaires que les formateurs.

Les nouveaux tiers-lieux de territoires sont souvent le bon espaces pour l'accueil de ces formations. Ils doivent cependant avoir été prévu à cet effet afin de ne pas handicaper les coworkers et autres locataires de bureaux présents dans ces espaces (cuisines, espace de détente...). Le territoire doit mettre en place une véritable stratégie pour capter ces formations et pour en faire de véritable leviers d'attractivité pour des activités économiques nouvelles.

Former sur place les stagiaires c'est s'assurer un accès privilégié des entreprises de votre territoire à ces nouvelles compétences et un accès facilité à cette offre pour votre population.



Les étudiants aussi s'installent hors des grandes villes


Outre ces écoles, auxquelles ont pourrait ajouter, notamment les Maisons Familiales Rurales, qui sont très actives et sont également souvent partenaires de ces nouvelles formes de formation, des initiatives propres à permettre aux étudiants de se former sans aller grossier les rang des jeunes en recherche de logements accessibles dans les grandes villes universitaires.


Les Campus Connectés sont à observer de près car si l'expérience s'appuie sur le numérique, elle y associe un lieu (accueillant) et un accompagnement individuel bienveillant, afin de ne pas désociabiliser l'étudiant distant.

Ce concept pourrait constituer un premier pas vers une véritable offre locale de formations à distance. Le travail de nombreux acteurs de la formation autour des outils immersifs de réalité virtuelle s'inscrit totalement dans une "délocalisation" de formations qui émergera dans les années à venir. Un passage au salon "Laval Virtual" vous permettra d'en prendre la mesure.



Les entreprises forment beaucoup mais trop souvent ailleurs


Les formations continues de collaborateurs sont souvent difficiles par manque d'offre locale.

Ces formations sont souvent achetées par les employeurs mais moyennant d'en financer des déplacements coûteux. La mutualisation entre plusieurs entreprises locale tend à se développer. Les tiers-lieux accueillent ces formations et en favorise la visibilité.

Ces mutualisations sont souvent les prémisses à des collaborations futures entre entreprises, tout bénéfice donc à terme pour le territoire et son économie.


Une marque employeur... de territoire


L'engagement stratégique des territoires dans la formation est une des initiatives que ces derniers engagent pour faciliter le recrutement de leurs entreprises. En effet, la rareté des profils locaux s'annonce durable. Les attentes des dirigeants d'entreprises sont très fortes pour créer, développer une véritable "marque employeur de territoire", un concept encore embryonnaire mais qui devrait s'imposer aux développeurs économiques dans les années à venir.

Loïc RICHER


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